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- Un rendez-vous d’État dans un village perché
- Quatre chantiers au programme de la journée
- Un marché mondial qui a perdu près de la moitié de ses billets
- La Corée du Sud en coprésidence, et l’Asie en ligne de mire
- Une troisième visite présidentielle sur la Côte d’Azur depuis juin
- Ce que la Riviera joue derrière les grilles de la Fondation Maeght
Le 7 septembre 2026, un village perché des Alpes-Maritimes va concentrer une part inhabituelle de l’attention du monde du cinéma. Saint-Paul-de-Vence accueille le Sommet Lumière, présenté par l’Élysée comme le premier sommet international consacré à l’avenir du cinéma et de l’image animée. Emmanuel Macron et le président de la République de Corée, Lee Jae-myung, le coprésideront, entourés de 150 invités venus de plus de 30 pays et des cinq continents.
Rien à voir avec un festival ouvert à tous. Il s’agit d’une réunion de décideurs, où se croiseront dirigeants de studios, patrons de plateformes, responsables de grands festivals et une quinzaine de ministres de la Culture. Pour qui séjourne sur la Côte d’Azur au début du mois de septembre, l’enjeu est très concret : routes filtrées, hôtels pleins et sessions ouvertes au public. Que sait-on vraiment de cette journée, et qu’est-ce qui se joue derrière les grilles de la Fondation Maeght ?
Un rendez-vous d’État dans un village perché
Le lieu retenu ne doit rien au hasard. La Fondation Maeght, ouverte en 1964 au-dessus du village, abrite l’une des plus belles collections d’art moderne et contemporain d’Europe, dans un parc clos et facile à protéger, à une vingtaine de kilomètres de Nice et à moins de 30 kilomètres de l’aéroport.
Saint-Paul-de-Vence compte moins de 4 000 habitants et un centre intra-muros entièrement piéton. Recevoir 150 personnalités escortées dans ce décor relève de l’exercice d’équilibriste, et les riverains le savent : le village vit depuis longtemps avec des flux qui le dépassent. Ses soirées de musique estivales lui ont déjà appris à gérer les arrivées en nombre sur des routes étroites.
La dimension économique du plateau d’invités donne la mesure de l’événement. D’après Boxoffice Pro, les pays représentés pèsent collectivement 80 % du box-office mondial, avec des dirigeants de majors américaines, de plateformes et d’entreprises culturelles au sens large. Le programme, lui, tient en quatre chantiers.
Quatre chantiers au programme de la journée
Le secrétaire général du sommet, Vincent Florant, a détaillé fin juillet les axes de travail retenus. Ils dessinent une feuille de route commune à des industries qui se parlent peu, du cinéma d’auteur au jeu vidéo.
- La création dans un monde de rupture technologique, avec l’intelligence artificielle, le piratage et la convergence entre cinéma, télévision et jeu vidéo ;
- Le financement et le partage de la valeur, entre ressources publiques, capitaux privés et accélération des coproductions internationales ;
- La place des publics et la diffusion, autour de la salle, de la découvrabilité des œuvres et de la santé du cinéma indépendant ;
- La construction d’une industrie d’avenir, de la numérisation du patrimoine filmé à la parité et à la transition écologique des tournages.
Ces quatre thèmes ne resteront pas confinés aux salons de la fondation. Les sessions plénières et les conférences seront accessibles au public et pour partie retransmises sur le site du sommet, tandis que les ateliers thématiques et les rencontres bilatérales se tiendront à huis clos.
C’est dans ces échanges plus discrets que se prépareront les annonces attendues, notamment sur des tournages internationaux rapatriés en France et des partenariats stratégiques. L’urgence, elle, tient d’abord à un chiffre.
Un marché mondial qui a perdu près de la moitié de ses billets
Le diagnostic posé par le Centre national du cinéma est sévère. En quelques années, la fréquentation mondiale s’est effondrée dans des proportions que peu de secteurs industriels ont connues, et la France fait figure d’exception relative avec ses salles qui retrouvent progressivement des couleurs.
Le cinéma français conserve environ 40 % de part de marché sur son propre territoire, une proportion que la présidence de la République qualifie de sans équivalent en Europe. Ailleurs, le recul est brutal, et le président du CNC l’a résumé en chiffres devant la presse.
En 2019, on a vendu 8 milliards de billets de cinéma, c’était 4,8 milliards en 2024. Il y a peu d’industries qui ont perdu quasiment la moitié de leur marché en quelques années.
Gaëtan Bruel, président du Centre national du cinéma, lors du brief presse consacré au Sommet Lumière, rapporté le 24 juillet 2026 par Boxoffice Pro
À cette érosion s’ajoute ce que le CNC décrit comme une crise de leadership américain, liée aux difficultés structurelles d’Hollywood. L’idée défendue par la France est celle d’un multilatéralisme de l’image animée, un espace de discussion où chaque pays aurait une voix, plutôt qu’une gouvernance dictée par un seul studio ou un seul marché.
La Corée du Sud en coprésidence, et l’Asie en ligne de mire
Le choix de Séoul comme copilote de ce premier sommet répond à une logique diplomatique autant qu’industrielle. La présence coréenne coïncide avec le 140e anniversaire de la relation bilatérale entre les deux pays, et les deux écosystèmes créatifs se ressemblent davantage qu’on ne le croit.
Les sujets varient selon les interlocuteurs. Avec la Corée, les discussions portent sur la propriété intellectuelle ; avec la Chine, sur la salle de cinéma, Pékin ayant adopté il y a une vingtaine d’années une taxe sur les billets inspirée du modèle du CNC ; avec le Japon, sur l’animation. L’Inde, l’Asie du Sud-Est, les Amériques et l’Afrique complètent la carte.
Une troisième visite présidentielle sur la Côte d’Azur depuis juin
Le département commence à avoir l’habitude. Le 7 septembre marquera la troisième venue d’Emmanuel Macron dans les Alpes-Maritimes depuis le mois de juin, après l’inauguration du salon Bharat Innovates à Nice le 14 juin aux côtés du Premier ministre indien Narendra Modi.
Quelques jours plus tard, le 36e sommet franco-italien réunissait le chef de l’État et la présidente du Conseil italien Giorgia Meloni à Antibes. Cette accumulation de rendez-vous internationaux confirme une tendance de fond : la Riviera est devenue un décor de diplomatie autant qu’une destination de vacances.
Le calendrier azuréen ne manque pourtant pas de grands rassemblements professionnels, et l’audiovisuel dispose déjà de son rendez-vous monégasque avec cinq jours de séries au Grimaldi Forum. Le Sommet Lumière joue dans un autre registre : deux chefs d’État, un périmètre de sécurité, une seule journée.
Concrètement, celles et ceux qui circulent ce lundi-là entre Nice, Vence et Cagnes-sur-Mer ont intérêt à anticiper. Les abords du village seront filtrés, le stationnement encore plus rare qu’à l’ordinaire, et les créneaux de passage se joueront à la demi-heure. Un départ décalé d’une heure évite souvent une attente de deux.
Ce que la Riviera joue derrière les grilles de la Fondation Maeght
Un sommet ne se juge pas à sa photo de famille. Nicolas Idier, conseiller culture de l’Élysée, a pris soin de préciser qu’il ne s’agissait pas d’une grand-messe, tout en assumant une dimension démocratique et presque civilisationnelle pour un secteur qui façonne les imaginaires de plusieurs milliards de spectateurs.
Reste une question ouverte pour le territoire. Accueillir 150 décideurs mondiaux pendant une journée produit des retombées d’image immédiates, mais la vraie mesure se prendra plus tard, quand on saura si des tournages, des coproductions ou des implantations en découlent. Les Alpes-Maritimes possèdent des studios, des écoles et des décors : elles ont rarement eu autant d’interlocuteurs réunis au même endroit.
Le programme détaillé et les modalités d’accès aux sessions publiques sont annoncés sur le site du CNC. D’ici au 7 septembre, le village continuera de vivre à son rythme, entre remparts et galeries, avec une petite semaine de fébrilité en perspective pour ses commerçants et ses hôteliers.

