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- Une déambulation nocturne de la place Saint-François à Notre-Dame-du-Port
- Le siège de 1543, matrice d’une légende niçoise
- Une statue annoncée place Garibaldi pour l’hommage 2027
- Les lieux de mémoire à repérer dans le Vieux-Nice
- Rejoindre la vieille ville un soir de procession
- Une héroïne dont l’histoire reste discutée
Une lavandière armée d’un battoir à linge, un porte-étendard assommé en plein assaut, un drapeau ennemi arraché : à Nice, le nom de Catherine Ségurane traverse les siècles sans jamais quitter la vieille ville. Cette figure populaire, surnommée la Dona Maufacha, est associée au siège de 1543, quand la cité, alors savoyarde, fut attaquée par les forces franco-ottomanes. Chaque année, à la mi-août, une soirée entière lui est consacrée dans le Vieux-Nice, entre musique traditionnelle, cérémonie civile et procession religieuse.
Vendredi 14 août 2026, plusieurs centaines de personnes ont suivi la déambulation qui relie la place Saint-François à l’église Notre-Dame-du-Port. Le maire de Nice y a annoncé l’installation d’une nouvelle statue place Garibaldi, promise pour l’hommage de l’an prochain. Pour qui séjourne sur la Côte d’Azur à cette période, une question se pose : que voit-on réellement ce soir-là, et où faut-il se placer ?
Une déambulation nocturne de la place Saint-François à Notre-Dame-du-Port
Le cortège s’élance de la place Saint-François, à deux pas du marché aux poissons, accompagné d’un orchestre qui joue des chants niçois tout au long du parcours. Il remonte ensuite la rue Sincaire, devant l’église Saint-Martin Saint-Augustin, où se tient l’hommage civil. La procession traverse le cœur médiéval de la ville dans des ruelles où aucune voiture ne circule, ce qui donne à la marche un rythme très différent de celui d’un défilé sur avenue.
Devant la stèle dédiée à Catherine Ségurane se retrouvent le Comité des traditions niçoises, le groupe folklorique La Ciamada Nissarda et l’évêque de Nice, Monseigneur Jean-Philippe Nault. D’après le compte rendu de Nice Premium, les danseurs y donnent une prestation avant la reprise du cortège. Ce mélange de solennité civile et de ferveur religieuse surprend souvent les visiteurs de passage, plus habitués à des commémorations statiques et brèves.
Le parcours se poursuit vers la place Garibaldi, d’où une procession mariale aux flambeaux conduit les participants jusqu’à l’église Notre-Dame-du-Port, la soirée s’achevant par un Salut au Saint-Sacrement. Ce format qui mêle musique, marche et liturgie se retrouve ailleurs dans le calendrier local, notamment dans les fêtes de mai à Cimiez, autre rendez-vous où la ville se raconte en costume. L’événement commémoré, lui, remonte à près de cinq siècles.
Le siège de 1543, matrice d’une légende niçoise
Au mois d’août 1543, Nice appartient au duc de Savoie et se retrouve prise en tenaille. Les récits du siège compilés par les historiens locaux avancent 20 000 soldats franco-ottomans sous les ordres du comte d’Enghien, appuyés par 120 galères ottomanes de Khayr ad-Din Barberousse, 22 galères françaises et une quarantaine de galiotes. En face, la défense repose sur 600 cavaliers, 500 miliciens et 200 volontaires, quelques compagnies d’arquebusiers et une poignée de lansquenets.
La ville basse capitule le 22 août, le château tient bon, et les assaillants se retirent les 8 et 9 septembre 1543. C’est dans cet intervalle que la tradition place l’exploit de la lavandière, le 15 août. Le récit n’apparaît dans les sources qu’au XVIIe siècle, soit plusieurs décennies après les faits, ce qui n’a jamais entamé sa popularité ni empêché la ville d’y ajouter de nouveaux repères.
Une statue annoncée place Garibaldi pour l’hommage 2027
Devant la stèle, Éric Ciotti a rappelé le récit traditionnel du porte-étendard ottoman avant d’annoncer la création d’une statue consacrée à l’héroïne. Celle-ci doit être installée place Garibaldi, à quelques dizaines de mètres du lieu associé à son entrée dans la légende. Le maire a assorti l’annonce d’une échéance précise, celle du prochain hommage, en août 2027.
Je m’engage à ce qu’elle soit prête pour le prochain hommage à notre héroïne dans un an
Éric Ciotti, maire de Nice, lors de la cérémonie devant la stèle de la montée Sincaire, le 14 août 2026
L’emplacement retenu n’a rien d’anodin. Dessinée par l’architecte Antonio Spinelli et bâtie entre 1782 et 1784, la place Garibaldi fut la première extension du vieux Nice vers le nord après l’arasement des remparts, avant de prendre son nom actuel en 1871. Y installer Catherine Ségurane revient à relier deux époques de la ville, celle des murailles et celle des arcades à colonnes doriques.
Les lieux de mémoire à repérer dans le Vieux-Nice
Quatre points suffisent à suivre la trace de la lavandière, sans guide ni réservation. Ils tiennent dans un périmètre de quelques centaines de mètres, entièrement piéton, et une demi-heure de marche suffit à les enchaîner. Encore faut-il savoir où regarder, car aucun n’est signalé comme une attraction.
- La montée Sincaire, où un monument lui est consacré depuis 1923, à proximité du lieu présumé de son exploit ;
- L’église Saint-Martin Saint-Augustin, l’une des plus anciennes paroisses de la ville, devant laquelle se tient l’hommage civil ;
- La place Garibaldi, futur emplacement de la statue annoncée, sous les arcades dessinées à la fin du XVIIIe siècle ;
- L’église Notre-Dame-du-Port, terme de la procession aux flambeaux, à l’entrée du port Lympia.
Sous la place Garibaldi dorment d’autres vestiges du Nice fortifié. Les fouilles menées pendant le chantier du tramway ont mis au jour environ 230 m² du Vieux Pont et près de 2 000 m² de fortifications de la porte Pairolière, aujourd’hui protégés sous une dalle de béton qui permet au tramway de passer sans détruire le sous-sol.
Ces repères se visitent toute l’année, sans billet et sans horaire imposé. Le soir de l’hommage change en revanche complètement la donne, et le stationnement devient alors le vrai sujet.
Rejoindre la vieille ville un soir de procession
Le Vieux-Nice se parcourt à pied, et c’est la seule méthode qui tienne un soir de cortège. Les ruelles sont fermées à la circulation, les terrasses débordent sur la chaussée, et les axes qui bordent le quartier se saturent dès la tombée de la nuit. Viser un point de dépose plutôt qu’une place de parking change complètement le déroulé de la soirée.
La place Garibaldi reste le meilleur point d’ancrage. Le tramway la traverse du nord au sud pantographes baissés, sur batteries embarquées, pour préserver la perspective de la place et ses façades à arcades. La station débouche à quelques dizaines de mètres de la montée Sincaire et du secteur où se noue l’hommage civil.
Pour qui arrive de Cannes, d’Antibes ou de Monaco, la logique reste celle des nuits de fête du Vieux-Nice : on dépose à l’entrée du quartier, on repart à pied, et on se fait récupérer ailleurs une fois la foule dispersée. Les quais du port, à l’est, offrent une sortie nettement plus fluide que la Promenade des Anglais aux mêmes heures. Vingt minutes de marge au retour évitent de piétiner dans les ruelles.
Le calendrier compte aussi. Mi-août, la Côte d’Azur tourne à plein régime, les hôtels du centre affichent complet et les navettes d’aéroport s’allongent. Adosser l’hommage à un séjour plus large, sur le modèle d’un week-end entre mer et patrimoine, reste la façon la plus confortable de le vivre sans courir après les horaires.
Une héroïne dont l’histoire reste discutée
La Ville de Nice présente elle-même Catherine Ségurane comme une héroïne légendaire, et non comme un personnage documenté. Rien n’atteste sa présence sur les remparts : le récit s’écrit après coup, puis se fixe au XIXe siècle sous le pinceau des peintres, la plume des poètes et le ciseau des sculpteurs. La légende a précédé le monument de 1923, et non l’inverse.
Ce décalage ne gêne personne sur place, et il dit quelque chose d’assez juste de la Côte d’Azur : ce qu’on y célèbre tient autant au récit qu’aux archives. Une statue de plus place Garibaldi ne tranchera pas le débat historique, mais elle offrira un point de rendez-vous supplémentaire à une ville qui aime se raconter debout, dehors et en musique.
D’ici l’été 2027, la véritable inconnue porte sur la forme que prendra cette figure : la lavandière au battoir des imageries populaires, ou une silhouette plus sobre, moins folklorique. Le détail du programme se retrouve chaque année sur le site du Comité des traditions niçoises, et le prochain cortège se tiendra à la mi-août, dans les mêmes ruelles, avec ou sans statue.

