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Nice referme à peine ses Journées du patrimoine que le quartier Libération se prépare à dérouler un tapis rouge. Du lundi 28 septembre au samedi 3 octobre 2026, le Festival Cinéroman installe sa huitième édition dans trois cinémas de la ville et deux lieux de rencontres. Le principe du festival tient en une ligne : ne montrer que des films nés d’un livre, et faire parler ensemble ceux qui écrivent et ceux qui filment.
Le rendez-vous a grandi vite. Créé en 2019 pour accompagner le centenaire des studios de la Victorine, il a reçu le label du Centre national du cinéma et attire désormais une soixantaine de comédiens, réalisateurs et écrivains chaque automne. Reste la question que se pose tout visiteur de passage sur la Côte d’Azur fin septembre : que peut-on réellement voir, et à quel prix ?
Six jours, trois cinémas et une cinquantaine de projections
Le gros du festival se joue au Pathé Gare du Sud, sous la halle de l’ancienne gare des Chemins de fer de Provence, dans le quartier Libération. Deux autres salles complètent le dispositif, le cinéma Rialto et le cinéma Variétés, qui accueille quatre séances spéciales. L’Office de tourisme métropolitain annonce plus de cinquante projections sur les six jours, réparties entre vingt avant-premières, huit films en compétition et huit films cultes.
L’ouverture est calée sur un titre attendu. Lundi 28 septembre à 20 h, le Pathé Gare du Sud projette Changer l’eau des fleurs, adaptation par Jean-Pierre Jeunet du roman de Valérie Perrin, avec Leïla Bekhti, Melvil Poupaud et Matthias Schoenaerts. La Ville de Nice recense dix-neuf séances déjà programmées, la plupart en présence des équipes de film.
La compétition mélange les registres et les échelles. On y trouve Chien 51 de Cédric Jimenez, Le Mage du Kremlin d’Olivier Assayas, Soudain de Ryūsuke Hamaguchi ou Les goûteuses d’Hitler de Silvio Soldini. Huit longs-métrages se disputeront les prix, du meilleur film aux deux prix d’interprétation, en passant par un prix Nouvelle Génération et un prix Coup de cœur.
Daniel Auteuil préside un jury de neuf noms
Le choix du président colle à l’objet du festival. Daniel Auteuil, comédien et réalisateur, a passé une bonne partie de sa carrière à incarner des personnages sortis de livres, et il vient présenter à Nice son propre film, La troisième nuit. Huit jurés l’entourent cette année, venus de l’écriture, de la réalisation, du jeu et de la musique :
- Danièle Thompson, scénariste et réalisatrice, déjà présidente du jury en 2022 ;
- Bérénice Bejo et Sara Giraudeau, comédiennes ;
- Luàna Bajrami et Malik Frikah, côté jeune génération ;
- Gaëtan Roussel, auteur-compositeur-interprète ;
- Vanessa Schneider, journaliste et écrivaine ;
- Manu Payet, comédien et réalisateur.
La présidence tourne chaque année et donne une idée du réseau que la manifestation s’est constitué : Sandrine Kiberlain en 2025, le duo Matthieu Delaporte et Alexandre de la Patellière en 2024, Alex Lutz en 2023, Frédéric Beigbeder pour la toute première édition. Sept présidences documentées depuis 2019, sans jamais deux fois le même profil.
Ce plateau explique une partie de l’affluence des soirs de première, et donc l’état des trottoirs autour de la gare du Sud entre 18 h et 21 h. Il explique aussi pourquoi une partie du programme se joue ailleurs, dans des formats plus calmes et, surtout, gratuits.
Ce qui est gratuit, ce qui ne l’est pas
Deux rendez-vous s’ouvrent sans billet. À L’Artistique, 27 boulevard Dubouchage, le festival tient ses lectures, rencontres, débats et masterclass de 10 h à 18 h, du 28 septembre au 3 octobre, en accès libre. Valérie Perrin, Delphine de Vigan, Lilia Hassaine et Sandrine Collette y sont annoncées, aux côtés des équipes venues présenter leur film.
La bibliothèque Louis Nucéra ajoute sa propre séance, gratuite elle aussi : mardi 29 septembre de 15 h à 17 h, l’Atelier des Curieux projette des films adaptés d’œuvres littéraires. Les projections du Pathé Gare du Sud, du Rialto et des Variétés restent payantes et se réservent sur les sites des trois cinémas partenaires, au tarif habituel de chaque salle.
Rejoindre la gare du Sud sans finir la soirée à pied
Le Pathé Gare du Sud a un avantage rare pour une salle de festival : il est posé sur un axe de tramway. La ligne 1 s’arrête à la station Libération, à deux pas de la halle, ce qui évite de tourner dans le quartier un soir de première.
Le stationnement demande un peu plus d’anticipation. Le secteur vit au rythme de son marché et les places de surface se libèrent mal en fin de journée. Depuis le 1er septembre 2026, les deux premières heures sont gratuites dans les seize zones payantes et le paiement s’arrête à 19 h : une séance de 20 h ne coûte plus rien en horodateur.
L’Artistique se trouve dans un autre secteur, boulevard Dubouchage, à quelques centaines de mètres de la place Masséna. Entre une rencontre de l’après-midi et une projection du soir, la marche reste le trajet le plus fiable : une vingtaine de minutes séparent la halle Libération du boulevard Dubouchage, contre un temps très variable en voiture aux mêmes heures.
Un festival né avec le centenaire de la Victorine
La date de création n’a rien d’un hasard. Nathalie Benoin lance Cinéroman en 2019, l’année des cent ans des studios de la Victorine, ces plateaux niçois où furent tournés Les Enfants du paradis, Lola Montès et La Nuit américaine. Le festival s’adosse à une histoire industrielle que la ville a longtemps laissée en sommeil.
Nice est une terre de cinéma. Une terre d’accueil d’artistes, d’idées, de création. Car avec ce festival, Nice poursuit son histoire avec le cinéma, cette littérature en images et en mouvements.
Christian Estrosi, maire de Nice, édito publié sur le site du Festival Cinéroman, édition 2024
Les chiffres donnent du corps à l’argument. D’après l’étude du Centre national du cinéma citée par la Ville de Nice, les films adaptés d’un roman pèsent 33 % des entrées en salle ces dernières années. Le lien entre édition et cinéma n’a donc rien d’un angle de niche.
La Cinémathèque de Nice, forte de 80 000 films, sert de point d’appui à ce retour de l’image dans la ville, au même titre que le rendez-vous littéraire du jardin Albert 1er au printemps. Deux manifestations qui travaillent la même matière, à six mois d’intervalle.
Ce que six jours de tapis rouge changent pour la ville
Fin septembre, la Côte d’Azur bascule. Les plages se vident, les tarifs d’hôtel redescendent, et la ville récupère une partie de ses rues. Cinéroman occupe précisément ce creux de saison, comme le font les Régates Royales à Cannes ou le cycle de conférences ouvert début septembre à l’Espace Miramar.
Le pari a quelque chose de contre-intuitif pour une destination balnéaire, puisqu’il consiste à demander à des visiteurs de s’asseoir dans le noir pendant que le soleil tape encore sur la Promenade. Il fonctionne parce que l’offre ne se joue pas contre la mer, mais à côté d’elle, sur un créneau où le territoire cherchait de quoi remplir ses lits.
La question de la taille se posera vite. Avec dix-neuf séances déjà annoncées, une soixantaine d’invités et six jours de rencontres ouvertes à tous, la huitième édition pousse les murs de la halle Libération, et la suivante devra sans doute trouver une salle de plus.
Le programme séance par séance, les horaires et les liens de billetterie des trois cinémas sont détaillés sur le site officiel du festival, où la programmation continue de se compléter jusqu’à l’ouverture.

