Jazz aux Décades : Roquefort-les-Pins inaugure son festival les 8 et 9 août avec Shai Maestro et Stefano Di Battista

Scène en bois avec piano à queue et contrebasse dans un jardin de pins parasols, chaises vides à l'heure bleue
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L’été azuréen ne manque pas de scènes de jazz, du bord de mer aux villages perchés. Un nom s’ajoute pourtant à la carte cette année : Jazz aux Décades, un festival de deux soirées et quatre concerts programmé les 8 et 9 août 2026 à Roquefort-les-Pins. La commune, 7 276 habitants selon le dernier recensement de l’Insee, installe sa scène en plein air dans le Jardin des Décades, principal espace culturel du village depuis plus de soixante-dix ans.

Lancer un festival de jazz dans un département qui en compte déjà une dizaine entre juillet et septembre relève du pari. Roquefort-les-Pins l’assume et vise l’échelle internationale dès sa première édition, avec une affiche qui aligne Shai Maestro, Ludovic Louis, Fred Nardin et Stefano Di Battista. Qu’est-ce qui pousse une commune du moyen pays à se lancer dans l’aventure, et que trouvera-t-on vraiment sur place les 8 et 9 août ?

Un festival né d’une promesse de campagne

L’histoire commence par un engagement électoral. Ewan Corinaldesi, élu maire à vingt ans, avait inscrit la création d’un festival de jazz au programme de son équipe. Le projet a pris forme après sa rencontre avec Alban Leloup et Thomas Layrac, fondateurs d’Altho Events, déjà à l’origine du Peillon Jazz Festival, dont la sixième édition s’est tenue du 4 au 6 juillet sur les hauteurs de la vallée du Paillon.

L’annonce est passée par le site officiel de la commune, qui n’a pas cherché à masquer la filiation entre le projet culturel et le programme municipal. Le ton du communiqué en dit long sur ce que représente un tel rendez-vous pour une collectivité de cette taille.

C’était une promesse de campagne de M. Le Maire et de son équipe… C’est désormais chose faite ! Notre commune a son festival de jazz : Jazz aux Décades.

Mairie de Roquefort-les-Pins, annonce du festival sur le site officiel de la commune, à l’ouverture de la billetterie le 9 juin 2026

Les trois initiateurs revendiquent une ambition en trois volets : l’excellence artistique, la valorisation du territoire et le partage avec le public. L’objectif affiché n’est pas de réussir une soirée, mais d’installer un rendez-vous durable capable d’attirer les amateurs de jazz bien au-delà des Alpes-Maritimes. Encore faut-il que la programmation tienne cette promesse.

Quatre concerts en deux soirées sur la scène extérieure

Le programme tient en quatre sets répartis sur deux soirs, chacun annoncé par la mairie avec sa formation complète. Les portes du jardin ouvrent dès 19h, food trucks compris, avant le premier concert.

  • Samedi 8 août à 20h30, le trio du pianiste israélien Shai Maestro, avec Oren Hardy à la contrebasse et Francesco Ciniglio à la batterie ;
  • Samedi 8 août à 22h, le trompettiste Ludovic Louis et sa formation, réputé pour ses collaborations avec Quincy Jones et Lenny Kravitz ;
  • Dimanche 9 août à 20h30, Fred Nardin & Friends, entouré de Viktor Nyberg, Romain Sarron, Raynald Colom à la trompette et Inor Sotolongo aux percussions ;
  • Dimanche 9 août à 22h, le saxophoniste italien Stefano Di Battista, accompagné de Fred Nardin, Matteo Cutello, André Ceccarelli et Daniele Sorrentino.

La cohérence de l’affiche saute aux yeux : Fred Nardin joue les deux soirs, d’abord en leader le dimanche, puis au piano du quintet de Stefano Di Battista. André Ceccarelli, figure du jazz azuréen, était déjà le parrain du Peillon Jazz Festival début juillet, ce qui dit assez la continuité entre les deux manifestations portées par la même équipe.

Le contraste entre les deux soirées est assumé : le lyrisme du piano trio le samedi, le funk puis la Dolce Vita le dimanche, comme le résume Le Jazzophone dans son panorama des festivals de l’été. La programmation ne mise pas sur une tête d’affiche unique mais sur l’équilibre entre quatre univers, dans un lieu qui a lui-même une histoire à raconter.

Un jardin qui porte la mémoire des Décades de Provence

Le lieu n’a pas été choisi au hasard. Le Jardin des Décades tire son nom des Décades de Provence, ces rencontres culturelles lancées en 1948 qui réunissaient philosophes, écrivains, poètes et intellectuels autour de débats d’idées. Soixante-dix-huit ans plus tard, le jardin reste l’un des principaux espaces publics de la vie culturelle roquefortoise.

Concerts, projections, manifestations littéraires et fêtes populaires s’y succèdent au fil de l’année. Le festival y ajoute une semaine entière : le cinéma Le Pavillon Bleu programme une sélection de films consacrés à Chet Baker, Billie Holiday et Nina Simone, pendant que la médiathèque met en avant ses ouvrages sur le sujet. L’événement déborde ainsi de la scène pour irriguer tout le Pôle Image de la commune.

Billetterie, tarifs et horaires à connaître avant de réserver

La billetterie a ouvert le mardi 9 juin, en ligne sur le site du cinéma Le Pavillon Bleu et sur place dans le hall de l’établissement. Deux formules de pass sont proposées à ceux qui veulent enchaîner les deux soirées.

Le tarif est fixé à 35 € la soirée, ramené à 30 € pour les moins de 26 ans, et la gratuité s’applique aux moins de 12 ans. Pour un plateau qui aligne quatre formations de ce calibre, le positionnement reste nettement en dessous de celui pratiqué sur les grandes scènes du littoral.

Les portes ouvrent à 19h et la restauration prend le relais jusqu’au premier set de 20h30. Le second concert démarre à 22h chaque soir, ce qui repousse la sortie du jardin tard dans la nuit, rappels compris.

Comparé aux soirées de la place Masséna ou au rendez-vous de la pinède Gould, Jazz aux Décades joue une autre carte : une jauge de village, une scène unique, deux soirs. Reste un paramètre que les habitués des festivals du bord de mer sous-estiment volontiers, celui de l’accès.

Rejoindre Roquefort-les-Pins depuis Nice, Cannes ou Antibes

La commune s’étire sur un plateau calcaire situé entre 200 et 300 mètres d’altitude, à 18 km de Cannes, 17 km de l’aéroport de Nice et 13 km de Grasse. La départementale M2085, qui relie Grasse à Nice, traverse le village au sud et constitue l’axe d’arrivée naturel depuis le littoral comme depuis l’ouest du département.

Le réseau de transports en commun, lui, n’a pas suivi la croissance du village. Aucune gare ne dessert la commune, et deux lignes de bus seulement la traversent : la ligne 500 des Lignes d’Azur, entre Nice et Grasse, et la ligne 26 du réseau Envibus vers Valbonne et Sophia Antipolis. Ni l’une ni l’autre ne circule à l’heure où s’achève le dernier set.

Le retour de nuit vers Nice, Cannes ou Antibes suppose donc un véhicule, sur des routes de plateau qui ne se prennent pas au chronomètre. C’est la contrainte classique des festivals de l’arrière-pays, celle que le Peillon Jazz Festival règle depuis six éditions par un système de navettes vers son parking, et que Roquefort-les-Pins devra apprendre à gérer avec une population de 7 276 habitants et un stationnement de village.

Un pari culturel pour le moyen pays azuréen

Les Alpes-Maritimes alignent déjà une dizaine de festivals de jazz entre juillet et septembre, de Peillon à Opio en passant par Saint-Jean-Cap-Ferrat. Ajouter un nom à cette liste suppose de trouver une place qui n’existait pas, et Roquefort-les-Pins la cherche du côté du moyen pays, là où les spectacles gratuits du Département tournent déjà dans 158 communes.

Ce qui se joue dépasse deux soirs d’août. Une collectivité de 7 276 habitants qui inscrit un festival international à son programme municipal mise sur la culture comme outil d’attractivité, au même titre que ses équipements ou son cadre de vie. La deuxième édition dira si le Jardin des Décades a trouvé son public, et si le moyen pays azuréen peut exister sur la carte estivale autrement que par ses villages perchés.


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