De la scène à la toile : la Belle Époque s’affiche au musée Jules Chéret de Nice

Salle d'un musée des beaux-arts avec portraits féminins en costumes d'époque dans des cadres dorés et parquet à chevrons
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Quand la chaleur de juillet écrase la Promenade des Anglais, Nice garde au frais quelques refuges où le temps semble suspendu. Perché sur la colline des Baumettes, le musée des Beaux-Arts Jules Chéret vient de dévoiler un nouvel accrochage entièrement tourné vers la Belle Époque, ces années 1871 à 1914 où la ville brillait de tous ses feux. Baptisée « De la scène à la toile. Artistes et mondaines de la Belle Époque », la proposition court du 19 juin 2026 au 4 avril 2027.

Le titre dit déjà l’essentiel : il y est question de spectacle, de portrait et de projection de soi. La Belle Époque, ce fut d’abord une parenthèse de fête et d’insouciance avant le fracas de la Grande Guerre, et Nice en fut l’un des théâtres les plus courus d’Europe. Aristocraties russe et anglaise, compositeurs, cantatrices et princesses étrangères se croisaient alors sur la Riviera hivernale.

De ce cosmopolitisme flamboyant, que reste-t-il à voir aujourd’hui, à deux pas des plages où se pressent les vacanciers ?

Un accrochage qui relie le spectacle au portrait

L’exposition puise dans le cœur des collections du musée, nourri par les donations d’artistes, de collectionneurs et de mondaines. Scènes carnavalesques, portraits de compositeurs, effigies de princesses : l’ensemble dessine le visage subjectif et fantasmé d’une époque, tel que ses acteurs voulurent le fixer pour la postérité.

Le fil rouge tient en une idée forte : la représentation glisse de la scène à la toile. Les artistes lyriques et dramatiques, portées par une reconnaissance mondiale inédite pour des femmes, gagnent une indépendance et une autorité nouvelles. La star de music-hall devient un modèle que les peintres immortalisent, costumée, déguisée ou parée à la dernière mode.

La pièce emblématique du parcours en résume l’esprit : le portrait de la cantatrice Emma Calvé signé Jean-Joseph Benjamin-Constant en 1898, une huile sur toile de 220 sur 120 centimètres. La chanteuse y trône en majesté, entre rôle de théâtre et image publique soigneusement construite.

Un palais dédié à la peinture

Le lieu vaut à lui seul le déplacement. Le musée occupe une ancienne villa d’apparat édifiée en 1878 pour une princesse ukrainienne, un écrin Belle Époque parfaitement raccord avec les œuvres exposées. Escalier d’honneur, stucs et volumes généreux prolongent la visite hors des cadres.

L’institution porte le nom de Jules Chéret, affichiste de génie surnommé le père de l’affiche moderne, qui passa ses dernières décennies à Nice où il s’éteignit en 1932. Auteur de plus d’un millier d’affiches en couleurs, il incarne à lui seul cette Belle Époque joyeuse et populaire que l’accrochage remet en lumière.

Ce que le parcours donne à voir

Au fil des salles, plusieurs registres se répondent et composent un portrait vivant de la société azuréenne d’avant 1914. Voici les grands motifs à repérer pendant la visite :

  • les portraits de cantatrices et de comédiennes, figures d’une émancipation féminine encore rare à l’époque ;
  • les scènes de carnaval et de fête, reflet d’un Nice qui vivait déjà du spectacle et du divertissement ;
  • l’irruption de la mode et de la haute couture naissante, quand la confection annonce le prêt-à-porter ;
  • les effigies de compositeurs et de personnalités cosmopolites venues hiverner sur la Riviera.

Ce corpus offre un aperçu volontairement partiel, presque intime, d’un monde disparu. Il éclaire aussi la manière dont Nice s’est construit une identité de capitale mondaine et artistique, bien avant le tourisme balnéaire de masse.

Une époque qui fascine encore

La nostalgie de ces années dorées ne date pas d’hier. Nombre d’écrivains et d’historiens ont cherché à en capturer l’atmosphère si particulière, faite de confiance dans l’avenir et de raffinement, avant que 1914 ne referme brutalement la parenthèse.

Si je cherche une formule commode pour définir le temps d’avant la Première Guerre mondiale, l’époque où j’ai grandi, j’espère être le plus concis en disant : c’était l’âge d’or de la sécurité.

Stefan Zweig, écrivain autrichien, dans Le Monde d’hier (1942)

Cette atmosphère de confiance et de faste révolus traverse chaque salle de l’exposition. Elle explique aussi pourquoi la période continue d’inspirer expositions, romans et séries, et pourquoi le public afflue dès qu’un musée en rouvre les portes.

Horaires, tarifs et bons plans pour la visite

Avant de programmer votre venue, gardez en tête que le musée ferme le lundi et accueille le public de 10h à 18h le reste de la semaine. Côté billetterie, la Ville de Nice propose une grille tarifaire volontairement accessible, détaillée ci-dessous d’après les informations officielles du musée.

FormuleTarif
Entrée individuelle10 €
Tarif réduit (groupe de plus de 10 personnes)8 €
Pass 10 Musées valable 4 jours15 €
Moins de 18 ans, étudiants, demandeurs d’emploiGratuit

Le Pass 10 Musées mérite un mot : pour 15 €, il ouvre l’accès à l’ensemble des onze musées et galeries de la Ville de Nice pendant quatre jours. De quoi enchaîner les Beaux-Arts, le musée Matisse et le MAMAC sans multiplier les billets, un vrai atout pour un séjour culturel bien rempli.

Le stationnement autour des Baumettes reste compliqué en pleine saison, et la colline se grimpe mal sous 30 °C : prévoir une dépose au plus près évite de gâcher la fraîcheur des salles par une longue marche au soleil. Ceux qui prolongent la découverte apprécieront aussi l’autre grand rendez-vous du moment, avec les prêts exceptionnels du Centre Pompidou visibles ailleurs dans la ville.

Prolonger le voyage dans le temps

Visiter cet accrochage, c’est aussi porter un autre regard sur la ville que l’on traverse chaque jour. Les façades cossues de Cimiez, les palaces de la Promenade et les jardins de la Riviera prennent une épaisseur nouvelle après le parcours, comme les décors encore debout d’une pièce jouée il y a plus d’un siècle.

Le musée ne s’arrête d’ailleurs pas à la Belle Époque, puisqu’il propose en parallèle une exposition consacrée à Maurice Denis et à l’éclat du Midi des années 1920. Pour qui aime relier les œuvres au territoire, le rapprochement avec les nouvelles expériences immersives du bord de mer montre à quel point Nice joue en permanence entre mémoire patrimoniale et création contemporaine.

La Belle Époque n’a jamais vraiment quitté la Riviera ; elle attend simplement, avenue des Baumettes, que l’on pousse la porte pour la retrouver. Le programme complet et les réservations se consultent sur le site officiel du musée.


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