Hervé Di Rosa à Cannes : « Mirages du monde », quarante ans de peinture libre à La Malmaison

Une visiteuse de dos observe des toiles colorées dans une galerie d'art lumineuse ouverte sur la mer Méditerranée
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Sur la Croisette, l’été ne se résume pas aux plages privées et aux feux d’artifice. À quelques pas du sable, le Centre d’art contemporain La Malmaison accueille depuis le 17 juillet une traversée colorée dans l’œuvre d’un des peintres français les plus libres de sa génération. Baptisée « Mirages du monde », l’exposition réunit les peintures d’Hervé Di Rosa jusqu’au 8 novembre 2026.

Né à Sète en 1959, Hervé Di Rosa est une figure majeure de la scène artistique française contemporaine. Cofondateur du mouvement de la Figuration libre au début des années 1980, il a promené sa peinture aux quatre coins du monde, de New York au Ghana en passant par le Vietnam et le Cameroun. À Cannes, ce sont plus de quarante années de création qui se retrouvent réunies en un seul parcours.

L’exposition se présente comme un voyage dans un univers foisonnant, à la croisée de la bande dessinée, du graffiti et des arts populaires du monde entier. Reste une question que se pose souvent le visiteur pressé, entre deux baignades : pourquoi s’offrir une parenthèse artistique quand la mer est à deux pas ?

Hervé Di Rosa, l’un des quatre mousquetaires de la Figuration libre

Formé à l’École nationale supérieure des arts décoratifs de Paris, Hervé Di Rosa s’impose dès le début des années 1980 comme l’un des cofondateurs de la Figuration libre, aux côtés de Robert Combas, Rémi Blanchard et François Boisrond. Ce mouvement, qui revendiquait une liberté formelle et narrative totale, puisait sans complexe dans la culture populaire, la bande dessinée et l’imagerie du quotidien.

Son travail se reconnaît à un univers peuplé de figures hybrides et de récits visuels éclatants. Le peintre a d’ailleurs été élu à l’Académie des beaux-arts, où il occupe le siège de Jean Cortot, signe qu’une œuvre longtemps jugée irrévérencieuse a fini par entrer dans le patrimoine artistique national.

Un parcours en trois chapitres à travers quarante ans de peinture

Conçue comme un récit en trois temps, l’exposition retrace la création de l’artiste depuis les années 1980 jusqu’à ses toiles les plus récentes. Entre ces deux bornes se déploient les cycles nés de ses voyages, cette série intitulée « Autour du monde » où chaque étape épouse une technique locale : laque et nacre au Vietnam, bois sculpté au Cameroun, peinture d’enseigne au Ghana.

La sélection ne se limite pas à la toile. Di Rosa a toujours défendu une approche décloisonnée, passant de la peinture à la sculpture, du dessin à la céramique, jusqu’à la tapisserie. Cette variété des supports raconte, selon la Ville de Cannes, plus de quarante années de création nourries d’influences multiples et d’un regard singulier sur les cultures visuelles.

Parmi les œuvres présentées, une toile comme « Rivages merveilleux », acrylique de 2022 mesurant 120 sur 160 centimètres, résume cette manière : des couleurs franches, une profusion de motifs et un imaginaire qui déborde du cadre. Le voyageur attentif y retrouvera des échos des dix-neuf pays où l’artiste a posé ses pinceaux.

Les arts modestes, l’autre grande invention du peintre

Difficile d’évoquer Hervé Di Rosa sans parler des arts modestes, cette notion qu’il a forgée pour désigner les objets populaires, artisanaux ou publicitaires que l’art officiel dédaigne. En 2000, il a concrétisé cette passion en fondant à Sète, avec Bernard Belluc, le Musée international des arts modestes, le fameux MIAM, devenu un lieu de référence pour ces cultures oubliées.

L’art modeste, c’est un mec qui est sur un bateau à voiles, y a pas de vent et il a un bout de bois et il le sculpte avec son canif.

Hervé Di Rosa, à propos de l’art modeste, entretien à Slate (juin 2024)

Cette définition imagée dit bien l’esprit de l’exposition cannoise : célébrer le geste, le savoir-faire et la joie de créer, loin des hiérarchies. Interrogé par Slate en juin 2024, l’artiste confiait avoir livré des centaines de définitions des arts modestes en trois heures d’entretien, preuve que la notion résiste à toute tentative de la figer.

Informations pratiques pour découvrir l’exposition

Avant de programmer votre visite au 47 boulevard de la Croisette, quelques repères permettent d’organiser au mieux ce détour culturel :

  • l’exposition est ouverte du 17 juillet au 8 novembre 2026 ;
  • en juillet et en août, l’accès se fait tous les jours de 10 h à 19 h, puis du mardi au dimanche à partir de septembre ;
  • le tarif plein s’élève à 6,50 €, le tarif réduit à 3,50 € sur justificatif ;
  • l’entrée est gratuite pour les moins de 18 ans, les étudiants et les demandeurs d’emploi ;
  • des visites guidées sont proposées en août, dont une visite menée par la commissaire de l’exposition le 26 août.

Ces horaires estivaux, plus larges qu’à l’ordinaire, tiennent compte de l’affluence de la mi-saison. Avec une amplitude quotidienne de neuf heures en juillet et en août, mieux vaut viser la matinée ou la fin d’après-midi pour parcourir les salles au calme.

Cannes et la Côte d’Azur, une saison culturelle foisonnante

L’exposition s’inscrit dans le programme « L’été à Cannes », qui anime la ville du 1er juin au 5 septembre. Entre deux salles fraîches, la cité balnéaire se prête à la flânerie, et connaître la Croisette permet d’éviter la valse des parkings saturés pour rejoindre le 47 boulevard au plus près.

La Côte d’Azur vit d’ailleurs un été particulièrement riche côté musées. À Nice, le musée Matisse met en regard le maître azuréen et un couturier de légende dans un dialogue entre peinture et haute couture, tandis que le musée Marc Chagall présente un ensemble exceptionnel prêté par le Centre Pompidou. Autant d’occasions de composer un véritable circuit artistique sur la Riviera.

Cannes ne se limite donc pas à son tapis rouge ni à ses yachts. Le même été qui voit défiler les géants du Cannes Yachting Festival offre aussi, à quelques mètres, une plongée gratuite pour les plus jeunes dans l’imaginaire débridé d’un peintre du Sud.

Ce que la Croisette gagne à accueillir Di Rosa

Installer une œuvre nourrie de coiffeurs ghanéens, d’enseignes de fête foraine et de tours Eiffel en plastique au cœur de la ville la plus glamour de la Riviera n’a rien d’anodin. La rencontre dit quelque chose de Cannes : une cité qui, derrière ses paillettes, revendique une curiosité artistique bien réelle.

Jusqu’au 8 novembre, « Mirages du monde » offre un contrepoint joyeux à la carte postale attendue et prolongera la saison culturelle bien après le départ des estivants. Pour préparer une visite, les horaires et les tarifs détaillés se consultent sur le site officiel de la Ville de Cannes, qui accompagne tout l’été culturel cannois.


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