Matisse et Yves Saint Laurent au musée Matisse de Nice : le beau, la mode et le bonheur jusqu’au 28 septembre

Salle d'exposition aux murs clairs mêlant tableaux colorés et robes de haute couture sur mannequins
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L’été sur la Côte d’Azur ne se résume pas aux plages et aux terrasses ombragées : sur la colline de Cimiez, l’un des rendez-vous culturels les plus attendus de la saison a ouvert ses portes. Le musée Matisse de Nice réunit jusqu’au 28 septembre 2026 cent soixante œuvres qui font dialoguer deux créateurs majeurs du XXe siècle, le peintre Henri Matisse et le couturier Yves Saint Laurent. Baptisée « Le beau, la mode et le bonheur », cette exposition d’envergure place la peinture et la haute couture sur un pied d’égalité.

Matisse a passé une large part de sa vie à Nice, qui lui a consacré ce musée niché dans une villa génoise du XVIIe siècle. Saint Laurent, lui, n’a jamais rencontré le peintre, disparu en 1954, deux ans avant les débuts du jeune couturier. Comment deux hommes qui ne se sont jamais croisés peuvent-ils tenir une conversation aussi évidente à travers leurs œuvres ?

Une rencontre inédite entre la peinture et la haute couture

L’exposition est née d’un partenariat entre le musée Matisse Nice et le musée Yves Saint Laurent Paris, épaulés par la Fondation Pierre Bergé–Yves Saint Laurent. Présenté du 17 juin au 28 septembre 2026, le parcours puise, d’après le musée Matisse Nice, dans les collections des deux maisons, complétées par de prestigieux prêts français et internationaux.

Peintures, dessins, gouaches découpées, robes de haute couture, textiles et documents d’archives se répondent salle après salle. Le commissariat a été confié à Serena Bucalo-Mussely, conservatrice, et à Aymeric Jeudy, directeur du musée. Leur pari : révéler une même quête de la couleur chez un peintre et un couturier que tout semblait séparer.

Le titre de l’exposition n’est pas anodin. Il reprend une idée chère aux deux artistes, pour qui l’art devait avant tout procurer une forme de joie. Abolir la frontière entre beaux-arts et arts appliqués reste le fil rouge d’un accrochage qui bouscule les hiérarchies établies.

Deux créateurs que tout relie

Henri Matisse (1869-1954) et Yves Saint Laurent (1936-2008) appartiennent à deux mondes et à deux générations. Le premier a révolutionné la peinture par la couleur pure et l’arabesque ; le second a habillé les femmes du dernier tiers du XXe siècle en transposant cette liberté dans le vêtement. Soixante-sept ans séparent leurs naissances, et pourtant une parenté visuelle saute aux yeux.

Ce que je rêve, c’est un art d’équilibre, de pureté et de tranquillité, sans sujet inquiétant ou préoccupant.

Henri Matisse, Notes d’un peintre, La Grande Revue, 1908

Cette recherche d’harmonie, Saint Laurent l’a prolongée dans ses collections, où l’admiration pour les grands peintres affleure sans cesse. Pour lui, coudre et peindre relevaient du même geste, celui de maîtriser la ligne et le contraste des matières. Le dialogue imaginé par l’exposition rend cette filiation presque tangible.

Deux gestes pour une même exigence de la ligne

Pour saisir ce qui rapproche et distingue les deux hommes, un repérage rapide s’impose avant d’entrer dans les salles. Le tableau ci-dessous résume leurs terrains de prédilection respectifs et le socle commun que l’exposition met en pleine lumière.

RepèreHenri MatisseYves Saint Laurent
Vie1869-19541936-2008
SupportLa toile et le papierLe corps et le tissu
SignatureGouaches découpéesRobes de haute couture
Point communCouleur pure et arabesqueCouleur pure et arabesque

Là où Matisse découpe la couleur à même le papier, Saint Laurent la taille dans l’étoffe. La série Jazz, publiée en 1947, illustre ce moment où le peintre devient presque sculpteur de couleur, ciseaux à la main.

Cette technique du papier gouaché fascine les couturiers, tant on y retrouve le souci de l’aplat, de la silhouette nette et de la couleur franche. Le visiteur passe ainsi de la cimaise au portant sans jamais ressentir de rupture.

Cimiez, un écrin patrimonial au-dessus de la ville

Le musée occupe la Villa des Arènes, une bâtisse d’inspiration génoise du XVIIe siècle posée au milieu d’une oliveraie, à quelques mètres des arènes romaines. Le cadre fait partie de la visite autant que les œuvres : on grimpe sur la colline, on traverse le parc, et la Méditerranée apparaît en contrebas. Le lieu compte parmi les onze musées et galeries de la ville de Nice.

Le quartier concentre d’autres trésors à portée de marche. Tout près, un prêt exceptionnel du Centre Pompidou enrichit le musée national Marc Chagall voisin, tandis que les vestiges romains de la colline de Cimiez se visitent à ciel ouvert. Une même après-midi suffit pour enchaîner peinture, mode et archéologie.

Nos conseils pour profiter de l’exposition

Quelques repères pratiques permettent d’éviter la foule et de tirer le meilleur de la visite, surtout en pleine saison estivale. Voici les points à garder en tête avant de monter à Cimiez.

  • Le musée ouvre tous les jours sauf le mardi, de 10 h à 18 h du 1er avril au 31 octobre ;
  • l’entrée individuelle coûte 10 €, contre 8 € en tarif de groupe ;
  • le Pass musées de Nice, à 15 € pour trois jours, ouvre l’accès à tous les musées municipaux ;
  • l’entrée est gratuite pour les moins de 18 ans et pour les habitants de la métropole ;
  • mieux vaut arriver en matinée ou en fin d’après-midi pour parcourir les salles au calme.

Depuis Cannes, Antibes ou Monaco, la montée à Cimiez se fait aisément en une trentaine de minutes, et le stationnement y reste plus simple qu’en bord de mer. Un billet unique donne accès à tous les musées de la ville, de quoi transformer une simple visite en après-midi complète.

Les amateurs de peinture prolongeront volontiers la journée par l’accrochage consacré à la Belle Époque au musée des Beaux-Arts Jules Chéret, à l’autre bout de la ville. La Côte d’Azur se visite aussi à l’ombre des cimaises, loin de la seule carte postale balnéaire.

Un été pour regarder la couleur autrement

Réunir sous un même toit un peintre disparu en 1954 et un couturier révélé dans les années 1960 en dit long sur la manière dont l’art circule entre les disciplines. La mode y gagne ses lettres de noblesse, la peinture y retrouve un souffle populaire, et le visiteur repart avec une autre idée de ce qu’est une œuvre.

À l’heure où la Côte d’Azur mise sur un tourisme culturel qui ne faiblit pas l’été, cette rencontre entre Nice, Paris et la haute couture confirme la place de la ville sur la carte des grandes expositions. Le programme détaillé et les modalités de réservation se consultent sur le site du musée Matisse, où l’exposition se prolonge jusqu’au 28 septembre.


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