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À quelques encablures de la Croisette, l’île Sainte-Marguerite garde la mémoire de l’un des plus grands mystères de l’histoire de France. C’est là, derrière les murs du Fort Royal, que fut enfermé le célèbre prisonnier au masque de fer, dont l’identité alimente encore les récits trois siècles plus tard. Le site, aujourd’hui transformé en musée, s’apprête à raconter cette histoire d’une tout autre manière.
Depuis cet été, le Musée du Masque de Fer et du Fort Royal propose une visite en réalité augmentée qui superpose, sur des tablettes, les décors disparus de la forteresse aux espaces que l’on parcourt. L’expérience est gratuite, multilingue et accessible dès 11 ans, et elle ouvre la première étape d’une profonde modernisation du lieu. Comment une technologie née pour le divertissement numérique peut-elle redonner vie à une prison royale vieille de plusieurs siècles ?
Une plongée immersive dans la prison du Masque de fer
Muni d’une tablette tactile et d’un casque audio remis gratuitement à l’entrée, le visiteur avance dans le fort pendant que l’écran reconstitue les lieux tels qu’ils étaient aux siècles passés. Les reconstitutions à 360 ° font resurgir cellules, coursives et aménagements aujourd’hui invisibles, pour une lecture bien plus vivante que celle des panneaux classiques. La forteresse se dévoile à différentes époques, du XVIIe au XIXe siècle.
Le premier parcours proposé, baptisé Mission secrète, plonge le visiteur dans la prison en 1694, dans la peau d’un envoyé spécial de Louis XIV chargé de percer le secret du détenu masqué. Cette mise en scène ludique transforme la visite en enquête historique, sans travestir les faits établis par les archives.
Conçu avec la Direction régionale des affaires culturelles, l’opérateur Orange et l’agence RENDR, le dispositif est proposé en cinq langues : français, anglais, italien, allemand et espagnol. Cette ouverture linguistique vise le public international qui débarque chaque été sur les quais cannois. Reste à savoir ce que réserve concrètement chacun des parcours annoncés.
Trois parcours pour explorer le Fort Royal
À terme, la visite numérique se déclinera en trois expériences complémentaires, échelonnées jusqu’à l’automne 2026. Le tableau ci-dessous récapitule les trois volets annoncés et ce que chacun donne à voir.
| Parcours | Lancement | Ce que l’on découvre |
|---|---|---|
| Mission secrète, le Masque de fer | Déjà accessible | La prison en 1694, dans le rôle d’un envoyé de Louis XIV |
| Récits d’une prison | 19 septembre 2026 | Les détenus des XVIIIe et XIXe siècles qui ont marqué le fort |
| Maquette numérique interactive | 5 octobre 2026 | Une modélisation du Fort Royal pour en comprendre l’architecture |
Le deuxième volet, Récits d’une prison, sera dévoilé lors des Journées européennes du patrimoine, tandis que la maquette interactive arrivera pour la Journée mondiale de l’architecture. Ce calendrier étale les nouveautés sur plusieurs mois, une manière d’inciter les curieux à revenir sur l’île.
Une visite gratuite, pensée pour tous les publics
Au-delà de la prouesse technique, le dispositif a été conçu pour lever les obstacles habituels à la visite patrimoniale. Plusieurs caractéristiques en font une porte d’entrée accessible vers l’histoire des îles de Lérins :
- une expérience entièrement gratuite, tablette et casque audio compris ;
- cinq langues disponibles pour accueillir les visiteurs étrangers ;
- un accès en autonomie, sans guide ni horaire imposé ;
- un contenu adapté dès 11 ans, propice aux sorties en famille ;
- des reconstitutions à 360 ° qui parlent aussi aux plus jeunes.
Cette gratuité tranche avec la plupart des expériences immersives de la Côte d’Azur, le plus souvent payantes, à l’image des expositions estivales du musée Matisse. En misant sur l’accès libre, la Ville de Cannes fait le pari de la fréquentation plutôt que de la billetterie, tout en préparant un projet bien plus ambitieux.
Un chantier de 39,5 millions d’euros pour le Fort Royal
La visite augmentée n’est que le premier jalon d’un vaste programme de restauration du Fort Royal. Les travaux, estimés à près de 39,5 millions d’euros, doivent concerner les espaces muséographiques, les bâtiments historiques, les remparts et les parcours de visite. La première phase opérationnelle est attendue à partir de septembre 2027.
C’est le sens de la visite en réalité augmentée que nous proposons aujourd’hui : redonner à voir ce qui a disparu, découvrir autrement l’histoire du Fort Royal et transmettre le patrimoine historique cannois.
David Lisnard, maire de Cannes, dans Cannes Soleil, édition juillet-août 2026
En attendant ces grands travaux, la municipalité mise sur le numérique pour maintenir l’attractivité du site et préparer les visiteurs à sa métamorphose. Le musée, l’un des rares monuments accessibles gratuitement sur l’archipel, reste ainsi au cœur de la stratégie patrimoniale cannoise.
Cap sur l’île Sainte-Marguerite depuis Cannes
Rejoindre le Fort Royal fait déjà partie de l’expérience. Depuis le quai Laubeuf, à deux pas du Palais des Festivals, une navette relie le continent à l’île Sainte-Marguerite en une quinzaine de minutes de traversée. La plus grande des îles de Lérins déroule près de trois kilomètres de sentiers ombragés, entre pinède, eucalyptus et criques transparentes.
Une fois débarqué, le visiteur atteint le fort après une courte montée, avant de basculer dans l’univers du Masque de fer. L’endroit combine baignade, randonnée et découverte historique, ce qui en fait une escapade idéale pour une journée, en contrepoint des grandes soirées pyrotechniques de la baie.
Pour qui veut enchaîner les découvertes, l’île voisine de Saint-Honorat et son monastère cistercien prolongent la parenthèse, loin des soirées musicales du vieux Cannes. La question de l’accès reste toutefois centrale : les places de stationnement manquent cruellement autour du vieux port en été, et anticiper son trajet évite bien des déconvenues.
Un patrimoine insulaire qui se réinvente
Le pari de la réalité augmentée dépasse le seul cas du Fort Royal. Sur toute la Côte d’Azur, musées et monuments cherchent à capter un public plus jeune et international, habitué aux écrans et avide d’expériences à vivre. Le Masque de fer, figure romanesque par excellence, offre à Cannes un terrain de jeu rêvé pour cette bascule.
Reste à voir si la promesse tiendra une fois les millions engagés et le chantier réellement lancé. Entre la mémoire d’un prisonnier sans visage et les casques audio dernier cri, le Fort Royal joue une partie subtile, celle d’un patrimoine qui accepte de se raconter avec les outils de son temps. Les prochains parcours, attendus dès l’automne, diront jusqu’où l’île entend pousser l’expérience, à découvrir sur le site de la Ville de Cannes.

