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Il est près de 17 heures, le 24 août 1944, lorsque les Alliés entrent dans le centre de Cannes en venant de La Bocca et remontent la rue d’Antibes sous les drapeaux. Quatre-vingt-deux ans plus tard, la ville rejoue ce trajet à l’identique, moteurs de jeeps compris. La commémoration de la Libération de Cannes est une journée entière de cérémonies patriotiques, de défilés motorisés et de festivités gratuites, fixée chaque année à la date anniversaire.
L’épisode appartient au débarquement de Provence, l’opération Dragoon, déclenchée le 15 août 1944 entre le cap Nègre et Théoule-sur-Mer. Cette année, le rendez-vous tombe un lundi de pleine saison, quand la Croisette et la rue d’Antibes tournent déjà à plein régime. Comment suivre cette journée du 24 août sans se retrouver bloqué dans un centre-ville coupé en deux ?
Le programme heure par heure du 24 août
La journée se lit en deux temps, le matin pour les cérémonies officielles, l’après-midi et le soir pour la partie festive. Tout se déroule en accès libre et gratuit, sans réservation ni billetterie. Le déroulé communiqué par la Ville de Cannes tient en six rendez-vous.
- 9 h : départ d’un défilé de véhicules américains du stade des Hespérides en direction de Cannes La Bocca ;
- 9 h 30 : dépôt de gerbes à la stèle Francis Tonner et Henri Bergia, à La Bocca ;
- 10 h : cérémonie d’hommage au monument aux morts de l’Hôtel de Ville, avec levée des couleurs, discours du maire et dépôt de gerbes ;
- 15 h : second défilé de véhicules américains, du stade des Hespérides à la Croisette par la rue Pasteur, la rue d’Antibes, l’Hôtel de Ville et la Pantiero ;
- 20 h : Bal de la Libération aux Allées de la Liberté ;
- 22 h : feu d’artifice tiré dans la baie de Cannes.
Les deux cérémonies du matin sont retransmises en direct sur le site de la Ville et sur sa page Facebook, ce qui permet de les suivre sans quitter le bord de mer. Le défilé de 15 heures reste le moment le plus accessible pour qui veut voir les véhicules de près, puisqu’il traverse les artères commerçantes en plein après-midi.
Ce qui s’est joué à Cannes les 23 et 24 août 1944
Le débarquement de Provence engage des moyens considérables. D’après le discours prononcé par David Lisnard pour le 80e anniversaire de la Libération, l’opération Dragoon mobilise 350 000 hommes et 250 bâtiments de guerre, dont 34 français, auxquels s’ajoutent 600 navires de transport, 1 270 barges, 2 000 avions et planeurs et 5 000 parachutistes. La reconquête du pays, commencée deux mois plus tôt sur les côtes de la Manche, se poursuit alors par la Méditerranée.
La libération de la ville se paie au prix fort jusqu’aux dernières heures. Dans la nuit du 23 août, à La Bocca, les résistants Francis Tonner et Henri Bergia sont tués par les éclats d’un obus. Les deux hommes ne verront pas leur ville libérée, et c’est devant leur stèle que la première gerbe est déposée chaque 24 août.
Il est près de 17 heures ce 24 août 1944 lorsque les Alliés entrent dans le centre-ville, en provenance de La Bocca. Ils traversent la rue d’Antibes, comme le défilé tout à l’heure. La foule des Cannois acclame ses libérateurs. Les drapeaux tricolores fleurissent aux fenêtres dans une ville pavoisée aux couleurs de la liberté, comme aujourd’hui.
David Lisnard, maire de Cannes, discours prononcé lors des cérémonies du 80e anniversaire de la Libération de Cannes, le 24 août 2024
Le tracé du défilé de l’après-midi n’a rien d’arbitraire. Il rejoue le mouvement des libérateurs, de La Bocca vers le centre, en empruntant les mêmes rues. Cette continuité entre 1944 et le parcours d’aujourd’hui explique pourquoi la rue d’Antibes reste le point de passage obligé, quatre-vingt-deux ans après.
Un camp américain reconstitué au stade des Hespérides
Le stade des Hespérides accueille du 22 au 24 août, de 10 h à 18 h, une exposition de véhicules américains doublée d’un camp reconstitué et d’une bourse militaria. Trois journées entières pour approcher les engins qui défilent ensuite dans les rues, discuter avec les collectionneurs et fouiller les étals de matériel d’époque.
Le format attire un public assez large, des passionnés d’histoire militaire aux familles qui cherchent une sortie de milieu de journée, dans un été cannois déjà riche en rendez-vous gratuits en plein air. Le site se trouve à Cannes La Bocca, à l’ouest de la ville, loin de la cohue de la Croisette et facile d’accès depuis l’autoroute. La journée du 24 août y démarre tôt, puisque c’est de là que part le premier convoi.
Circuler dans Cannes pendant les défilés
Deux convois traversent la ville dans la même journée, l’un le matin vers La Bocca, l’autre l’après-midi vers la Croisette. Les coupures de circulation suivent le convoi plutôt qu’elles ne figent le centre pour la journée entière, mais elles tombent sur les axes les plus chargés de la saison.
Le tracé de 15 heures emprunte la rue Pasteur puis la rue d’Antibes, passe devant l’Hôtel de Ville et rejoint la Pantiero avant la Croisette. Ce sont exactement les rues où l’on cherche à se garer au mois d’août. Viser les parkings en ouvrage plutôt que le stationnement de surface évite de retrouver son véhicule derrière une barrière au moment de repartir.
Les navettes de bus gratuites BoccaCabana et Moure Rouge desservent les secteurs balnéaires jusqu’au 13 septembre 2026 et restent le moyen le plus simple de rejoindre le front de mer sans voiture. La navette maritime Estérel relie le Vieux Port à Théoule-sur-Mer jusqu’au 31 août, une option agréable pour arriver par la mer en matinée et repartir en fin de journée.
Le soir, la question change de nature. Le feu d’artifice de 22 heures vide les terrasses et remplit le front de mer d’un seul coup, exactement comme lors des soirées pyrotechniques de l’été. Prévoir une heure de marge au retour reste plus réaliste que d’espérer quitter le centre dans les vingt minutes qui suivent le bouquet final.
Un bal aux Allées de la Liberté puis le ciel embrasé
À 20 heures, les Allées de la Liberté accueillent le Bal de la Libération, dans la tradition des bals qui ont suivi l’été 1944. L’ambiance rappelle celle des bals populaires de la fête nationale, en plus intime et à deux pas du Palais des Festivals. L’accès y est libre et sans réservation, comme pour le reste de la journée.
Deux heures plus tard, le feu d’artifice referme la journée dans la baie. Le tir du 24 août est aussi la sixième et dernière soirée du Festival d’Art pyrotechnique, confiée cette saison à la compagnie tchèque Flash Barrandov, hors compétition. Une vingtaine de minutes de tir sur près de 500 mètres de front de mer, depuis des barges ancrées face à la Croisette.
Une mémoire cannoise qui déborde du 24 août
La Ville a produit, pour le 80e anniversaire en 2024, une série de cinq podcasts consacrés à la Libération de Cannes et à ses figures. Ils restent en ligne et s’écoutent en une après-midi, ce qui donne un tout autre relief au passage des jeeps le lendemain. Une carte interactive recense une trentaine de rues portant le nom de résistants cannois.
Parcourir cette carte transforme une promenade ordinaire en lecture de la ville. Le nom de Francis Tonner, porté par une avenue de La Bocca, cesse d’être un simple repère de navigation. Hélène Vagliano, fusillée à Nice le 15 août 1944 à 35 ans après avoir été arrêtée puis torturée par la Gestapo à Cannes, figure elle aussi parmi ces noms devenus familiers sans qu’on sache toujours pourquoi.
Ce qui se joue le 24 août dépasse la reconstitution historique. Entre les convois du matin et le feu d’artifice du soir, la ville tient ensemble deux registres que la haute saison a tendance à séparer, la mémoire et la fête, et elle le fait sur les mêmes trottoirs. Le détail de la programmation est publié sur le site de la Ville de Cannes.

