Anthéa dévoile sa saison 2026-2027 : Isabelle Huppert, Jean Reno et dix-sept créations à Antibes

Salle de théâtre contemporaine aux fauteuils rouges, scène en bois éclairée et baie vitrée sur une place
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Antibes abrite depuis 2013 une scène qui n’a rien à envier aux grandes salles parisiennes. Anthéa, l’Antipolis Théâtre d’Antibes, aligne deux salles au 260 avenue Jules Grec, la Jacques Audiberti et la Pierre Vaneck, et y fait cohabiter théâtre de répertoire, danse, cirque, chanson et humour sans jamais trancher entre ces familles. Un théâtre municipal, donc, mais dimensionné comme une grande scène nationale.

La programmation 2026-2027 vient d’être dévoilée. C’est la quatorzième saison du lieu, et elle arrive dans un territoire déjà dense en rendez-vous, entre les festivals d’été de la baie et les grandes salles de Nice et de Cannes. Pour qui séjourne sur la Côte d’Azur entre septembre et juin, la difficulté n’est plus de trouver un spectacle mais d’identifier celui qui vaut le déplacement. Que contient exactement cette saison, et comment en profiter sans y laisser sa soirée dans les embouteillages ?

Un théâtre de quatorze ans devenu une machine à remplir

Les chiffres avancés par la municipalité disent l’ampleur prise par le lieu. D’après l’édito de Jean Leonetti, maire d’Antibes Juan-les-Pins, la maison revendique 16 000 abonnés et un taux de remplissage supérieur à 92 %, pour un objectif de 170 000 spectateurs sur l’ensemble de la saison. Ce sont des ordres de grandeur que peu de scènes de villes moyennes atteignent en France.

Cette fréquentation repose sur une mécanique d’abonnement lisible. Les spectacles sont répartis en cinq ensembles, de l’incontournable aux formules dites privilège théâtre et privilège spectacle vivant, jusqu’aux deux catalogues complets consacrés au théâtre et au spectacle vivant. Le spectateur compose son parcours dans un catalogue de près de soixante-dix titres plutôt que d’acheter ses places au coup par coup.

Reste que ce sont les noms affichés qui déclenchent la réservation, et la saison qui s’ouvre n’en manque pas.

Les têtes d’affiche qui feront bouger toute la Côte

Une poignée de rendez-vous suffira à faire converger vers Antibes des spectateurs venus de Nice, de Cannes et de l’arrière-pays. Voici ceux qui structurent le calendrier :

  • Isabelle Huppert dans Mary said what she said, mis en scène par Robert Wilson sur une musique de Ludovico Einaudi, les 26, 27 et 28 mai ;
  • Pierre Richard entouré du Swingin’Affair Quartet, le 29 septembre, pour un croisement entre cinéma et jazz ;
  • Muriel Robin, qui crée son nouveau spectacle Infiniment Robin du 2 au 5 novembre ;
  • Jean Reno, qui répète et présente Le Chameau les 26, 27 et 28 novembre ;
  • Michel Jonasz en formule piano-voix les 17 et 18 novembre, puis Benjamin Biolay les 29 et 30 ;
  • Étienne Daho les 5 et 6 janvier, Chilly Gonzales le 18 octobre et Zazie les 11 et 12 juin.

La venue d’Isabelle Huppert et de Robert Wilson mérite qu’on s’y arrête. Antibes sera la seule ville française à accueillir cette pièce après Tokyo et avant son passage à Paris, ce qui place la salle Jacques Audiberti sur une trajectoire internationale rarement empruntée par une scène de 75 000 habitants.

Derrière ces noms, une part importante du programme ne vient pas de Paris : elle naît sur place.

Dix-sept spectacles créés et produits sur place

La saison compte dix-sept spectacles créés et produits à Antibes, dont une quinzaine portés ou coportés directement par le théâtre. Trois d’entre eux partiront ensuite à Paris, parmi lesquels Laponie avec François-Xavier Demaison, L’Âge bête avec Michèle Laroque et Kad Merad, et Scripto de Gilles Costaz. La salle sert donc de laboratoire autant que de vitrine, ce qui explique la présence d’artistes venus y répéter plusieurs semaines.

Cette orientation n’est pas récente, et son directeur la revendique comme la colonne vertébrale du projet depuis l’ouverture.

Ce qui me touche, c’est que le public a compris l’essentiel de notre volonté : tenir compte non pas uniquement des goûts dominants, mais chercher sans discontinuer des interactions entre les formes d’art.

Daniel Benoin, directeur d’anthéa, édito de présentation de la saison 2026-2027

Du répertoire classique au nouveau cirque

Le versant théâtre puise largement dans le patrimoine sans se contenter de le rejouer. Molière, Corneille, Genet, Marivaux et Annie Ernaux figurent au programme, avec deux spectacles de la Comédie-Française présentés la même semaine début février, l’un dans la grande salle avec Les Bonnes, l’autre dans la petite avec L’Événement. Pierre Arditi reprend Le Père de Florian Zeller fin janvier, et une conférence théâtralisée revient sur l’affaire Dreyfus les 21 et 22 novembre.

La danse et le cirque tiennent une place équivalente. Un hommage chorégraphique à Nina Simone, Her Voice, est présenté le 1er décembre dans le cadre du Festival de Danse de Cannes, tandis que Jean-Claude Gallotta signe Un casse-noisette les 9 et 10 décembre. Le 1er janvier, l’Orchestre national de Cannes assure le concert du nouvel an à l’initiative de la Ville. Ce brassage rappelle celui qui anime les soirées estivales installées dans les remparts antibois ou les représentations classiques jouées en plein air à Cimiez.

Rejoindre Antibes un soir de représentation

Le théâtre se situe au nord du centre-ville, à l’écart du vieil Antibes et de ses ruelles saturées en soirée. Depuis Nice, il faut compter une vingtaine de kilomètres par l’A8 puis la sortie Antibes, soit trente à quarante minutes selon l’heure. Depuis Cannes, la distance tombe à une douzaine de kilomètres, mais le bord de mer se traîne dès qu’un événement occupe la Croisette.

Le train reste une option solide pour les spectacles de début de soirée. La gare d’Antibes est desservie par la ligne Marseille-Vintimille, avec plusieurs liaisons par heure depuis Nice et Cannes. Le retour tardif est en revanche le point faible : après 23 heures, l’offre se raréfie nettement, et un spectacle qui se termine à 22 h 30 laisse une marge courte pour rejoindre le quai.

Le stationnement mérite d’être anticipé les soirs de grande affiche. Une salle qui se remplit à plus de 92 % génère un afflux concentré sur trente minutes, et les abords se saturent vite. Arriver quarante-cinq minutes avant le lever de rideau change nettement l’expérience, d’autant que le théâtre dispose de ses propres espaces de restauration, pensés comme un prolongement de la soirée.

Le lieu propose aussi un service de covoiturage entre spectateurs et une bourse d’échange de places, deux dispositifs utiles quand on vient de Menton, de Grasse ou du haut pays. Ils confirment que le public d’anthéa dépasse largement le périmètre communal, à l’image de celui qui remplit les chapelles antiboises lors des concerts d’art sacré.

Une saison qui se joue dès la rentrée

La quatorzième saison s’ouvre les 10, 11 et 12 septembre avec Laponie et La Tresse, deux propositions très différentes programmées le même week-end. Ce grand écart d’entrée résume assez bien la maison : une comédie grinçante et un récit de survie, à trois jours d’intervalle, dans deux salles voisines.

Reste une question que la saison prochaine posera plus franchement encore, puisque le théâtre fêtera ses quinze ans. Un lieu qui remplit ses salles à plus de neuf places sur dix peut-il continuer d’imposer des formes fragiles ou méconnues sans perdre ce public ? La réponse se lit dans la composition des abonnements, où les créations locales voisinent délibérément avec les têtes d’affiche. C’est ce dosage qui fait tenir l’ensemble, et il se rejoue chaque année.

Le programme complet, les dates et les formules d’abonnement sont détaillés sur le site officiel d’anthéa.


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