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Chaque été, la Principauté se laisse raconter par ceux qui l’étudient. Le programme « Au Cœur de Monaco », porté par l’Institut du Patrimoine, emmène les curieux à pied dans la ville pendant deux heures, aux côtés d’un médiateur. Deux itinéraires composent l’édition 2026, l’un consacré au Rocher et à Monaco-Ville, l’autre à Monte-Carlo et Mareterra.
La saison touche à sa fin et il ne reste que deux dates au calendrier, toutes deux sur le second parcours : le mercredi 12 août en français, le mercredi 19 août en anglais. Ces rendez-vous se succèdent chaque mercredi depuis le 1er juillet, de 16 heures à 18 heures, et referment sept semaines de programmation estivale. Que découvre-t-on vraiment, en deux heures de marche, entre la place du Casino et un quartier sorti de la mer il y a moins de deux ans ?
Deux dates, deux langues, un départ place du Casino
Le point de ralliement ne bouge pas d’une séance à l’autre. Les participants se retrouvent place du Casino à 16 heures, avant de rejoindre le front de mer et le nouveau quartier. Le groupe se disperse vers 18 heures, ce qui laisse la soirée entière pour dîner sur place ou remonter tranquillement vers Nice, Beaulieu ou Menton.
La réservation est obligatoire et se fait en ligne. L’accès reste gratuit pour les Monégasques, pour les enfants de moins de 12 ans et pour les personnes en situation de handicap accompagnées d’un tiers ; les autres visiteurs règlent un droit d’entrée. La séance du 19 août se déroulant en anglais, elle vise clairement les vacanciers étrangers, très nombreux sur la Riviera à cette période de l’année.
Ce que le parcours met sous les yeux
La promenade ne se résume pas à une file de façades commentées. Elle met en regard deux périodes de l’histoire urbaine monégasque, à travers quatre repères que le médiateur relie les uns aux autres :
- la place du Casino et son décor hérité de la seconde moitié du XIXe siècle ;
- l’architecture hôtelière de la Belle Époque, conçue pour retenir une clientèle aristocratique venue de toute l’Europe ;
- Mareterra et ses 6 hectares gagnés sur la Méditerranée, entre le Larvotto et le Grimaldi Forum ;
- la Grotte Bleue, espace d’observation de la vie sous-marine intégré au nouveau quartier.
L’intérêt du trajet tient à cette bascule : on passe d’un urbanisme de prestige pensé il y a cent cinquante ans à un chantier livré en 2024. Les deux répondent pourtant à la même contrainte, celle d’un territoire minuscule qui doit fabriquer sa propre place.
Monte-Carlo, le pari d’un prince sans terres
Le quartier doit son nom au prince Charles III, dont le règne a profondément remodelé l’économie de la Principauté. La construction du Casino de Monte-Carlo, dans la seconde moitié du XIXe siècle, a servi de levier à une stratégie assumée : faire du tourisme international le moteur d’un État sans ressources naturelles. Infrastructures, hôtels et liaisons ferroviaires ont suivi.
La Belle Époque a fait le reste. Palais, jardins, salles de spectacle et grands établissements ont installé une image d’élégance cosmopolite qui colle encore au quartier, et que les visiteurs viennent souvent chercher sans savoir d’où elle vient. Aujourd’hui, ces mêmes rues servent de décor au week-end de Formule 1 monégasque, dont le tracé épouse presque exactement le plan urbain du XIXe siècle.
La visite ne s’arrête pas au Casino ni à l’histoire des jeux. Elle s’attarde sur le rôle de l’architecture dans la fabrication d’une identité touristique, sujet nettement moins anecdotique qu’il n’y paraît quand on regarde ce que Monaco a construit depuis.
Mareterra, six hectares arrachés à la mer
Inauguré le 4 décembre 2024, Mareterra a ajouté environ 6 hectares au territoire monégasque, soit une hausse de 3 % de sa superficie, désormais portée à 208 hectares. Le chantier a mobilisé plus de 300 entreprises et 6 000 personnes pendant huit années, pour un coût de 2 milliards d’euros entièrement financés par des fonds privés, d’après le compte rendu publié par Monaco Tribune au lendemain de l’inauguration.
Le quartier compte près de trois hectares d’espaces publics, dont un parc d’un hectare et une promenade de 500 mètres en bord de mer, ainsi que 120 appartements, 10 villas, des commerces et un port de plaisance de 16 anneaux. Renzo Piano Building Workshop, Valode & Pistre et le paysagiste Michel Desvigne figurent parmi les concepteurs. L’ouvrage est dimensionné pour encaisser une élévation d’un mètre du niveau de la mer d’ici un siècle.
La présente extension en mer restera, j’espère, comme un symbole, car elle incarne ma vision, celle d’une Principauté qui ose, qui embrasse l’audace, mais qui maîtrise son destin avec sagesse et sait écouter l’environnement
Albert II de Monaco, discours d’inauguration de Mareterra, le 4 décembre 2024
Cette phrase résume assez bien ce que la visite cherche à faire comprendre. Gagner du terrain sur la mer n’a rien d’un geste décoratif dans un pays de deux kilomètres carrés : c’est une politique, avec ses arbitrages environnementaux, ses déplacements d’espèces marines et ses matériaux choisis pour limiter l’impact du chantier. Le quartier se lit aussi comme un argumentaire, et le médiateur ne s’en cache pas.
Deux heures de marche : ce qu’il faut prévoir
Le parcours comporte de longues portions à pied et plusieurs dénivelés, ce qui est la règle à Monaco. L’accessibilité aux personnes à mobilité réduite n’est pas garantie sur cet itinéraire, contrairement à celui du Rocher ; mieux vaut vérifier les conditions au moment de réserver. Des chaussures fermées et une bouteille d’eau ne sont pas un luxe à la mi-août, quand la Principauté dépasse fréquemment les 30 °C en fin d’après-midi.
Côté accès, le stationnement autour de la place du Casino se remplit vite en août et les parkings publics affichent complet dès le milieu de journée. Se faire déposer évite l’exercice, et permet accessoirement d’enchaîner avec autre chose : les soirées nocturnes du musée de la Villa Paloma ou l’exposition automobile du Grimaldi Forum, à quelques centaines de mètres du point d’arrivée, prolongent naturellement l’après-midi.
Une ville qui continue de s’écrire
Une visite patrimoniale qui se termine devant un quartier de vingt mois d’âge a quelque chose de déroutant. Le patrimoine, ici, n’est pas seulement ce que l’on conserve : c’est aussi ce que l’on décide de fabriquer, avec les moyens et les convictions d’une époque. Le Casino a eu ses détracteurs en son temps, Mareterra a les siens.
Ce que la programmation 2026 aura montré, en reliant le Rocher, Monte-Carlo et l’extension en mer, c’est qu’un même territoire peut porter trois récits sans se contredire. La suite s’écrit déjà, entre réaménagement du front de mer et projets de densification, sur les six kilomètres carrés que la Principauté n’a pas. Les détails pratiques et la billetterie des deux dernières séances sont disponibles sur le site officiel.

