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- Un festival né en 1935, disparu, puis relancé en 2017
- Cinq troupes, cinq façons de raconter un pays
- Le défilé du 13 août ouvre l’édition sur la Promenade du Paillon
- Sept communes de la Métropole entrent dans la ronde
- Le Théâtre de Verdure passe en billetterie à 6 euros
- Ce que le label CIOFF apporte à un festival de folklore
- Un patrimoine qui n’existe que sous le regard du public
Tous les deux ans, Nice remet en scène un rendez-vous que la ville avait fini par oublier pendant plus de vingt ans. Du 12 au 16 août 2026, La Farandole, Festival International de Folklore de Nice, réunit cinq troupes venues de quatre continents. Le principe tient en une phrase : faire circuler des répertoires transmis oralement, des places de village de l’arrière-pays aux parvis du centre-ville.
Le festival relève du patrimoine culturel immatériel : les gestes, les chants et les savoir-faire qui n’existent que si quelqu’un continue de les pratiquer. Nice en propose une version étalée sur sept communes, entre spectacles gratuits en plein air et soirées payantes au Théâtre de Verdure. Qu’est-ce qui distingue cette 66e édition des dizaines de festivals qui se disputent l’été azuréen ?
Un festival né en 1935, disparu, puis relancé en 2017
La Farandole compte parmi les plus anciens festivals de folklore d’Europe. Créé en 1935, il a rythmé les étés niçois pendant soixante ans avant de s’éteindre en 1995. La Ville de Nice l’a ressuscité en 2017, avec le Collectif des Arts Traditionnels Lou Cat.
Le rythme retenu est bisannuel. Une édition tous les deux ans laisse le temps de négocier la venue de troupes qui voyagent rarement, sans l’usure d’un rendez-vous annuel condamné à recycler les mêmes ensembles. La 66e édition se tient du 12 au 16 août, quand la ville tourne à plein régime touristique.
Cette persistance dit quelque chose de la place des traditions dans le calendrier local. Nice cultive ses rituels, des batailles de fleurs du carnaval aux fêtes traditionnelles du calendrier niçois, et le folklore étranger y trouve un public déjà rodé. Le rendez-vous ne s’adresse pas qu’aux amateurs de danses anciennes, il attire les familles, les curieux et les visiteurs de passage.
Cinq troupes, cinq façons de raconter un pays
La programmation 2026 met en avant le Mexique, le Venezuela, le Timor oriental, Cuba et le Bénin, auxquels s’ajoute un ballet venu de Macédoine du Nord. Chaque ensemble arrive avec son répertoire, ses instruments et ses costumes, comme autant de chapitres d’une histoire nationale.
- l’ensemble folklorique Oshala, du Bénin, mêle percussions, échassiers et acrobaties héritées des traditions vaudou, animistes et sahéliennes ;
- la compagnie Camagua, de Cuba, retrace l’histoire de l’île à travers ses héritages espagnols, africains et caribéens ;
- le ballet national albanais de Macédoine du Nord fait entendre les polyphonies et les costumes ancestraux des Balkans ;
- El Mariachi Mi Nombre Es México et l’ensemble Termal portent les danses régionales et les cuivres du Mexique ;
- l’ensemble national Timor Furak célèbre les récoltes et les fêtes communautaires d’un pays indépendant depuis 2002.
Le mariachi mexicain a été inscrit en 2011 sur la liste représentative du patrimoine culturel immatériel de l’humanité. Sa présence à Nice ne relève pas de la couleur locale, elle donne à voir une pratique reconnue au même titre que le fado portugais, entré la même année.
Cette diversité rappelle les rendez-vous que la ville consacre aux cultures lointaines, à l’image d’une fête dédiée à la culture japonaise programmée en juin. Le folklore fonctionne ici comme une porte d’entrée vers des pays réduits, le plus souvent, à leurs clichés touristiques.
Le défilé du 13 août ouvre l’édition sur la Promenade du Paillon
Le coup d’envoi niçois est fixé au jeudi 13 août, à 18h, sur le Parvis de l’Europe. Les groupes y sont accueillis en musique avant de descendre en cortège la Promenade du Paillon, accompagnés des ensembles folkloriques niçois. Le défilé se termine place Saint-François, où le spectacle d’ouverture réunit toutes les troupes à 19h30.

Toute la soirée est gratuite et se déroule en plein air, sans billetterie. Le cortège urbain reste le format le plus efficace pour capter un public qui ne serait jamais entré dans une salle pour voir des danses traditionnelles.
Sept communes de la Métropole entrent dans la ronde
Le festival ne se joue pas qu’à Nice. Les troupes passent aussi par Levens, Belvédère, Saint-Jeannet, La Trinité, Saint-André-de-la-Roche, Châteauneuf-Villevieille et Drap, sept communes sur les cinquante et une de la Métropole Nice Côte d’Azur. Ces soirées de village sont toutes gratuites.
Le mercredi 12 août, Belvédère accueille Camagua et Timor Furak à 20h, Saint-Jeannet ouvre à 21h, La Trinité reçoit Oshala et les Mexicains. Le vendredi 14 août, Drap programme les Cubains et les Timorais à 21h, Levens les Béninois et les Mexicains, Châteauneuf-Villevieille le ballet albanais. Trois horaires restaient en attente de confirmation à la publication du programme métropolitain, le 3 juillet.
Cette dispersion s’inscrit dans une habitude locale, celle des scènes gratuites de l’arrière-pays qui irriguent les villages l’été. Belvédère se trouve à une soixantaine de kilomètres de Nice, dans la vallée de la Vésubie, et les routes de montagne se parcourent lentement à la nuit tombée.
Le Théâtre de Verdure passe en billetterie à 6 euros
Les deux soirées niçoises les plus attendues se tiennent au Théâtre de Verdure, samedi 15 et dimanche 16 août à 20h30, l’accueil commençant dès 19h30 autour des stands du monde. L’entrée est fixée à 6 € et la réservation ouvre le 15 juillet. Le samedi, le spectacle « Escale en terres de traditions » réunit Camagua, le ballet albanais et les Mexicains ; le dimanche, le gala de clôture rassemble tous les groupes.
Le dimanche 16 août à 17h, une cérémonie de la paix rassemble les troupes au jardin de la Légion d’Honneur, devant la Villa Masséna. Le tarif de 6 € reste très inférieur aux grandes scènes estivales, mais la jauge du Théâtre de Verdure impose de s’y prendre tôt, comme l’ont montré les soirées consacrées aux tubes des années 1990 programmées au même endroit en juin.
Ce que le label CIOFF apporte à un festival de folklore
La Farandole est labellisée par le CIOFF France, le Conseil International des Organisations de Festivals de Folklore. Fondée en 1970, cette organisation est partenaire officiel de l’UNESCO et accréditée auprès de son comité du patrimoine culturel immatériel. Le label engage sur l’authenticité des troupes invitées, ce qui exclut les formations montées pour le marché touristique.
La notion a été formalisée par la convention adoptée en 2003 par l’UNESCO, ratifiée depuis par plus de 180 États. Elle couvre les traditions orales, les arts du spectacle, les rituels et les savoir-faire artisanaux. Un chant polyphonique corse y côtoie une danse mexicaine, sans hiérarchie.
La musique paysanne, au sens strict du terme, doit être considérée comme un phénomène naturel.
Béla Bartók, compositeur et ethnomusicologue hongrois, dans son essai sur l’influence de la musique paysanne sur la musique moderne, 1931
Ce regard d’ethnomusicologue explique la méthode des festivals labellisés. Les troupes ne jouent pas une carte postale, elles présentent un répertoire collecté, daté, rattaché à une région précise. Le costume, la chorégraphie et l’instrumentarium doivent pouvoir être documentés, faute de quoi le spectacle bascule dans le divertissement folklorisant.
Le CIOFF fédère des comités nationaux dans plus de cent pays. Ce maillage explique qu’une ville comme Nice accueille le Timor oriental, dont les ensembles voyagent peu et disposent de moyens limités.
Un patrimoine qui n’existe que sous le regard du public
Un festival de folklore ne se mesure pas au nombre d’entrées. Il tient à la capacité d’un public à accepter, cinq soirs durant, des formes qui ne ressemblent à rien de ce que diffusent les plateformes. Les traditions ne survivent pas d’elles-mêmes, elles vivent tant que des danseurs les répètent et que des spectateurs s’arrêtent.
La question posée par l’édition 2026 dépasse la programmation. Elle porte sur ce que devient un patrimoine oral quand ses derniers porteurs vieillissent. Cinq jours d’août ne suffiront pas à trancher, mais ils offrent la possibilité de voir, en vrai, ce dont on parle. Le programme complet et les réservations sont détaillés sur le site de la Ville de Nice.

