Staring at the Sun : la Villa Arson expose ses 35 diplômés à Nice jusqu’au 27 septembre

Visiteurs devant deux toiles abstraites dans une salle en béton brut ouverte sur des pins parasols
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Il y a, sur les hauteurs de Nice, un bâtiment que beaucoup de visiteurs longent sans le regarder : un vaisseau de béton brut posé sur la colline de Saint-Barthélemy, à une dizaine de minutes de tram du bord de mer. La Villa Arson y abrite une école nationale supérieure d’art et un centre d’art contemporain, et consacre chaque été une grande exposition à celles et ceux qui viennent d’y décrocher leur diplôme.

Une exposition de diplômés, c’est le premier accrochage public d’artistes qui achèvent cinq années d’études : ni rétrospective, ni foire commerciale, plutôt l’état des lieux d’une génération à un instant donné. Le format existe dans toutes les écoles d’art françaises, mais il prend ici une ampleur rare, la Villa Arson disposant de son propre centre d’art. Baptisée « Staring at the Sun », l’édition 2026 reste visible jusqu’au 27 septembre. Que montre cette promotion, et pourquoi mérite-t-elle le détour quand on passe l’été sur la Côte d’Azur ?

Trente-cinq diplômés et un parcours pensé en trois temps

L’exposition a ouvert ses portes le 10 juillet, au lendemain d’un vernissage tenu le 9 juillet à partir de 18h avec performances, DJ set et foodtruck dans les jardins. Elle réunit trente-cinq artistes diplômés en 2026, dont les pratiques couvrent la peinture, l’installation, la photographie, la vidéo, la performance et la musique. Le titre est une invitation à regarder le soleil en face, autrement dit à affronter sans détour les tensions du monde contemporain.

Le parcours se déploie en trois séquences qui se répondent d’une salle à l’autre. La première place le visiteur face aux structures, aux normes et à la répétition mécanique qui cadrent les existences : volumes rigoureux, images froides, une tension formelle qui rend visible un cadre invisible. La deuxième bascule vers les marges et le retrait, avec des œuvres plus confidentielles, des matériaux modestes et des récits intimes.

La troisième séquence s’ouvre vers le dehors, la lumière crue et les éléments, dans un rapport plus physique au vivant. Le communiqué de presse diffusé le 29 juin par la Villa Arson relie ce cheminement au roman « Les Forces » de Laura Vazquez, paru en 2025 aux éditions du sous-sol. Un fil littéraire qui donne sa cohérence au parcours, et qui explique la place accordée au langage dans plusieurs pièces. Derrière cette construction, il y a une commissaire dont le nom circule bien au-delà de Nice.

Martha Kirszenbaum, une commissaire passée par Venise et Los Angeles

Le commissariat a été confié à Martha Kirszenbaum, curatrice indépendante qui a fondé l’espace Fahrenheit à Los Angeles et signé le pavillon français de la Biennale de Venise en 2019, avec Laure Prouvost. Confier une exposition de diplômés à une commissaire de ce calibre n’est pas anodin : cela déplace le regard porté sur des artistes qui, pour la plupart, exposent dans un centre d’art pour la première fois.

Son texte de présentation dit assez bien l’esprit de l’accrochage. Elle y décrit un siècle traversé les yeux rivés sur des miroirs de poche, et une vitesse qui promet la liberté mais confisque l’attention. La lucidité y devient un acte de résistance plutôt qu’un constat désabusé, ce qui change beaucoup la façon dont on aborde les salles.

Regarder le soleil en face, c’est choisir une lucidité tranchante mais sensible pour observer les tensions de notre monde.

Martha Kirszenbaum, commissaire de l’exposition, dans le communiqué de presse de la Villa Arson daté du 29 juin 2026

Dany Albiach, la seconde exposition de l’été

Le même billet, gratuit, donne accès à une deuxième exposition : « Là où le jour cède », proposée par Dany Albiach sous le commissariat de Pauline Vermeren. Diplômée de la Villa Arson en 2024, l’artiste a reçu en février le prix de la Francis Bacon MB Art Foundation, et cette exposition personnelle en est l’aboutissement.

Enchaîner les deux accrochages a du sens. D’un côté une promotion entière qui cherche encore ses formes, de l’autre une jeune artiste déjà repérée deux ans après sa sortie d’école. La trajectoire entre les deux salles se lit d’elle-même, et elle en dit long sur ce que produit une école d’art qui garde le lien avec ses anciens.

Horaires, accès et stationnement avant de monter sur la colline

La Villa Arson se situe au 20 avenue Stephen Liégeard, dans un quartier résidentiel en pente que l’on ne rejoint pas au hasard. Voici les informations pratiques à retenir avant de caler la visite dans un programme de séjour :

  • ouverture tous les jours sauf le mardi, de 14h à 19h en juillet et en août, puis de 14h à 18h en septembre ;
  • entrée gratuite et sans réservation, pour les deux expositions ;
  • tramway ligne 1, station Le Ray, puis une courte montée à pied ;
  • ligne de bus 8 en direction de Las Planas ou Sappia, arrêt Deux avenues ;
  • jardins, terrasses et salles d’exposition en grande partie accessibles aux personnes à mobilité réduite.

Le stationnement du secteur reste la vraie difficulté : les places sont rares et les rues étroites, en particulier en fin d’après-midi. Arriver en tram ou se faire déposer devant l’entrée épargne vingt minutes de tours de pâté de maisons, surtout un dimanche d’été.

Un dernier point de calendrier mérite attention. L’ouverture à 14h ferme la porte aux visites de matinée : caler la Villa Arson en début d’après-midi, après une plage ou un déjeuner en ville, reste le montage le plus simple.

Une saison d’art contemporain qui déborde largement la colline

La programmation estivale de la région ne se limite pas à Saint-Barthélemy, et plusieurs propositions se combinent sur un même séjour. Du côté des musées municipaux, l’accrochage du musée Matisse tient l’affiche jusqu’au 28 septembre, soit un jour de plus que l’exposition des diplômés. Les deux se visitent dans la même journée, à quinze minutes de voiture l’un de l’autre.

Vers l’est, les nocturnes du musée monégasque ont montré cet été qu’un centre d’art se visite aussi à la tombée du jour. La Villa Arson joue une autre carte : l’ouverture jusqu’à 19h en juillet et en août laisse la lumière décliner sur les terrasses en fin de parcours.

Le point commun de ces rendez-vous tient souvent au prix. Entre les soirées gratuites du port de Nice et l’entrée libre pratiquée avenue Stephen Liégeard, une part réelle de l’offre culturelle ne coûte rien. Le détail pèse dans un séjour familial, où le budget sorties grimpe vite.

La Villa Arson ne se résume pas à ses salles d’exposition. Établissement public du ministère de la Culture et composante d’Université Côte d’Azur, elle forme des artistes toute l’année et reçoit le soutien de la Région Sud, du Département des Alpes-Maritimes et de la Ville de Nice. Son architecture de béton signée Michel Marot compte parmi les plus commentées de la ville.

Ce qu’une école d’art raconte de la ville qui l’accueille

Nice se raconte volontiers par ses musées d’artistes installés, de Matisse à Chagall. La Villa Arson tient le rôle inverse, celui du lieu où l’art se fabrique avant d’être patrimonialisé, avec les tâtonnements que cela suppose. Le contraste saute aux yeux quand on enchaîne les deux dans la même semaine.

Cette fonction a une traduction concrète pour le territoire. Une partie des trente-cinq diplômés de 2026 restera dans les Alpes-Maritimes, y montera des ateliers, y exposera dans des galeries associatives. La scène locale se recompose chaque année à partir de cette promotion, et l’exposition de l’été en est le tout premier public.

Le parcours ferme le 27 septembre, et les œuvres réunies ne se reverront pas ensemble ailleurs. Le programme complet et les rendez-vous associés sont détaillés sur le site de la Villa Arson. Ce qui se joue dans ces salles n’est pas encore de l’histoire de l’art, c’est ce qui, peut-être, le deviendra.


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